Les misérables : La culture comme levier thérapeutique

Elle est un pur témoin de l’échec de  notre aide sociale à l’enfance. Abandonnée, placée dans une famille  gravement  maltraitante, s’enfuyant à 18 ans, traînant sa misère, plaçant elle  même sa fille, qui elle même abandonnera la petite-fille. La fatalité de la reproduction du malheur, juste éclaircie par la pensée que la petite fille ayant été adoptée, elle est aimée, comblée et heureuse quelque part, et qu’elle a apporté la joie dans une maison. On peut l’imaginer en tout cas. Votre fille n’a pas abandonné sa fille, elle l’a donnée a une famille qui était en capacité de la prendre en charge.C’est un acte de lucidité et d’amour.

Il faut l’espèrer, me répond-elle.

Je vois donc cette jeune grand mère, qui est aussi suivie par le psychiatre.  Je ne m’occupe donc que du somatique. Mais de consultation en consultation, des petits éléments biographiques se disent. C’est lourd. C’est écrasant. Alors, un jour, je lui parle de Cosette, des misérables, des Thénardier . Elle connait  l’histoire, par le livre, mais elle n’a pas vu le film avec Depardieu.

Cosette c’est un peu vous ?  A la fin de l’histoire, Cosette devient une princesse, vous le savez ?

Elle aime cette histoire. Nous parlons de Fantine, dépassée par sa situation de misère, qui a fait ce qu’elle a pu, des Thénardier bien sûr, qui exploitent la misère  de l’enfant et de la fin heureuse.  Faire récit. Inscrire son histoire dans une culture, c’est  l’alléger, la rendre tout d’un coup  un peu plus supportable. Comme si elle prenait sens.  Victor Hugo aurai-t-il écrit cette histoire rien que pour elle ?

Au moment où je dis ça , la princesse en devenir a  pourtant une odeur sui généris. l’odeur de Cosette, l’odeur de Fantine.

Elle revient régulièrement, avec la casquette vissée sur la tête, toujours souriante, toujours polie, toujours ponctuelle, tous les trois mois.   Elle me dit  chaque fois: Bonjour, c’est Cosette. Nous rions. Je l’examine et je lui prescris ses médicaments.

Je n’ose pas aborder la question de l’hygiène. C’est si humiliant. Par quel bout le prendre?

Je ne sais pas comment cela est venu, peut être par cette phrase publicitaire que je cite souvent dans mes consultations.

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Parce que vous le valez bien. Un acte de foi. Vous n’êtes pas réduite à votre traumatisme.

En tout cas c’est venu. Comment elle prenait soin de son corps, elle? Qui lui avait lavé les cheveux, coupé les ongles dans son enfance? Et comment ? Et est ce que cela lui avait donné le goût de prendre soin d’elle ?

Attention terrain hautement miné ! C’est si vite fait de blesser  quelqu’un qui a tant souffert.

Elle revient un jour. Elle a acheté un parfum, pas très loin de chez elle, et en plus il était pas cher. Elle me raconte le magasin, le prix.

Comment s’appelle votre parfum  ?

La vie est belle…..

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