Mariage tchétchène

!Je soigne des tchétchènes depuis plus de 12 ans.  Je ne raconterai pas ici les incroyables rencontres  que j’ai pu faire à cette occasion. L’aventure humaine n’est pas d’abord au bout du monde, elle est à côté de chez soi.

Mais parlons du mariage.

Celui-ci a eu lieu le  24 décembre et les parents du marié ont été  très déçus que leurs amis français ne puissent pas venir. Ils les ont donc  invités chez eux  3 semaines plus tard, un dimanche  à 17 heures. Je fais partie des invités.

Nous sommes reçus dans un appartement HLM, au rez de chaussée d’un  bâtiment des années  2000, grand et confortable. Grand ! Mais abritant quand même  une famille de  10 personnes  8 enfants et  2 parents,  et depuis  3 semaines :la jeune mariée.

Les français invités sont sept . Deux couples, une mère avec un enfant de 12 ans, une femme venue seule. Nous nous connaissons tous , notamment à l’occasion des rencontres autour de  cette famille.

Les invités sont venus par la porte, ou par le balcon qui donne sur le jardin de la résidence. Inhabituel de rentrer ainsi par la porte fenêtre d’un appartement, mais la voisine est si raciste, et si violente avec ses chiens, que la famille, et la plupart des amis  préfèrent éviter le couloir commun.Malgré les protestations de notre hôtesse, nous ôtons nos chaussures pour entrer dans la salle de séjour, nous conformant ainsi à l’usage familial. A droite, le long du mur, un grand canapé . En face, une immense télévision comme on n’en voit que chez les familles pauvres. Les deux plus jeunes  garçons y jouent  à un jeu vidéo. Dans un coin, la table recouverte de multiples victuailles. Les hommes adultes de la famille (le père et les trois grands fils, dont le jeune marié)sont absents. Les femmes se sont affairées pour ce banquet. La mère, les  trois filles, la jeune mariée,  mais aussi deux autres femmes tchétchènes de  35 et  40 ans. Certaines ont un voile très sommaire, d’autres non.L’une d’entre elle, Louisa, est en France depuis  15 ans. Elle fait partie de la première famille tchétchène reconnue réfugiée dans notre département.  Mariée, puis divorcée, mère de trois enfants, parfaitement francophone, elle s’assied à côté de moi pour me donner des nouvelles des uns et des autres et commenter les images du mariage que nous allons regarder ensemble.

La table est recouverte de  toutes sortes de plats. Des légumes farcis, des  salades,  des fritures, des gâteaux.C’est très copieux. De quoi nourrir  10 personnes pendant des jours.  (J’aurais dû m’en souvenir et ne rien manger ce midi. J’ai déjà été  mise en difficulté par mon manque d’appétit chez une famille qui m’avait invitée après avoir obtenu son statut de réfugié.) Il n’y a  pas de déroulement du repas, de type entrée-plat-dessert,  tout est sur la table, on se sert comme on veut.Les tchétchènes ne mangent pas, elles nous regardent manger en nous encourageant. Il faut manger donc, pour ne pas être discourtois.

Puis vient le temps des vidéo. des vidéos très hachées, prises au téléphone portable, par petites séquences de quelques minutes.

La mariée a une robe magnifique, blanche avec une longue traîne et une voilette. Très semblable à ce que nous pouvons voir dans toutes les boutiques de mariage. On croirait presque voir la robe de Kate Middleton Elle s’est habillée dans la maison de sa mère ( les parents sont divorcés) Elle  est filmée descendant les escaliers,  accompagnée par ses soeurs et amies, qui soutiennent sa robe et sa traîne. Elle sort dans la rue ou l’attendent les voitures décorées de ballons. Une  partie de la  communauté tchétchène est là. Venue de la ville, du département et de la France entière. Beaucoup de joie émane des vidéos. Les hommes sont en complet veston. Les femmes sont plus belles les unes que les autres, dans des robes qu’elles ont fait venir de Tchétchénie pour l’occasion.

Elle monte dans la voiture et tout le monde s’en va derrière elle, traversant la ville vers la salle des fêtes d’un petit village des environs.

A l’arrivée le marié n’est pas là. C’est la future belle mère qui l’accueille  dehors, sur le seuil de la salle.

Louisa se rapproche de moi.

  • « regarde bien ce moment c’est le plus important » me souffle-t-elle.

La jeune mariée se rapproche de la belle mère. La belle-mère soulève la voilette blanche, en tulle,  qui descend devant le visage de la jeune femme, lui tend une friandise de chocolat. Elles le partagent .C’est ce partage du gâteau qui introduit la jeune femme dans la famille. C’est le geste d’alliance. La belle-mère remet ensuite le voile devant le visage de la jeune femme et la laisse s’avancer.

Deux mètres  plus loin,  alors que la mariée est entrée dans la salle, elle s’arrête à nouveau. On lui met alors dans les bras un bébé de sexe masculin, afin que le premier bébé qu’elle porte soit lui aussi de sexe masculin.

Tout le monde arrive ensuite dans la salle de bal .Tout le monde ? Non . Le marié et ses mais sont dans une salle à côté. Ils ont le droit de regarder par le hublot mais il n’auront pas le droit d’y rentrer de toute la fête.

A gauche de la salle, les plus anciens sont assis derrière des tables. Ceux qui ont été désignés comme sages par la communauté portent un petit chapeau. Afficher l'image d'origine

Sur la piste de danse les garçons sont d’un côté  avec un responsable et les filles de l’autre sous la  direction de Louisa.

Chacun à son tour va inviter une fille et ils dansent ensemble, seul couple sur la piste de danse encouragés et applaudis par le groupe. Le garçon a eu le droit de choisir la fille pour la première danse, mais il doit danser une deuxième fois avec une fille choisie par Louisa, afin que personne ne soit exclu de la danse. Certains aiment beaucoup danser, d’autres dansent pour la première fois. C’est très beau à regarder. Scandé par les hommes qui tapent dans leur mains ou avec leurs pieds pour encourager  les danseurs à garder le rythme. Ceux-ci doivent en effet taper du pied, faire des mouvements de mains au bout de leurs bras tendus, tourner lentement sur eux mêmes en  regardant leur partenaire , gardant toujours  quelques dizaines de centimètres entre eux. Cette tension entre les deux protagonistes qui se regardent, partagent le même rythme et la même danse, sans jamais se toucher est saisissante.

Je les connais tous ou presque. Louisa en profite pour me donner de leur nouvelles. Celui-ci est à Strasbourg. Celle-ci est mariée.

Puis  malheureusement les vidéos s’arrêtent. Ils ont dansé jusqu’à  4 heures du matin me dit Louisa.

Il reste encore beaucoup de choses à manger ,mais le temps a tourné.  Nous embrassons la jeune mariée  et nous la félicitons une dernière fois avant de repartir, les uns par le balcon, les autres par la porte.

https://fr.rbth.com/ps/2016/10/06/coups-de-feu-et-danses-un-mariage-tchetchene-normal_636521

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s