Géorgien toxicomane : qui décide de l’urgence ?

santelli
სანთელი Bougies orthodoxes géorgiennes

C’est un Géorgien que j’aperçois de temps en temps depuis 4 ans. Des petits bouts de consultation mal ficelés. Pas de rencontre franche.  40 Ans. Un  homme qui a belle allure mais qui a une hépatite C,  non éligible au traitement pour l’instant. Il a demandé une fois du Subutex à un remplaçant, sans qu’il  y ait de suite, très suspect de toxicomanie, voire de trafic. Il  ne parle quasiment pas  français. Je connais malheureusement le drame des Géorgiens entre  toxicomanie et hépatite C . Il y en a  plus de 40 dans la patientèle . La plupart ont pris courageusement le chemin du sevrage, malgré les multiples difficultés rencontrées. Au fil des années, j’ai appris à ne pas juger et à comprendre comment  85 % d’une classe d’âge,hommes et femmes confondus, ont touché à la drogue lors de l’effondrement de l’URSS. L’état  géorgien, livré a lui même en  1991, a changé  de positionnement à de multiples reprises : permissivité totale, puis manipulation politique, puis incarcération, puis libération sans aucun système  de substitution, ni de traitement de l’hépatite C (une des incidences les plus élevées du monde….) et ils arrivent sur le trottoir de France à Paris ou ailleurs.

Ces hommes,  avec qui j’ai sympathisé, ont des ressources intellectuelles et morales malgré leur total dénuement matériel. Ils sont très pieux .Lors du déshabillage on voit qu’ils portent au cou des  objets  en bois, fabriqués dans les monastères : chapelets , médailles de Saint Georges, psaume  50 replié et enfermé dans un minuscule recueil en cuir. Ce psaume qui est  le seul récité dans la divine liturgie orthodoxe.

 » შემიწყალე მე, ღმერთო, თქვენი სიყვარული, თქვენი დიდი თანაგრძნობა წაშლის ჩემი ცოდვები. 04 გარეცხეთ მე საფუძვლიანად ჩემი ცოდვა, განმწმინდე ჩემი ცოდვა. 05 დიახ, მე ვიცი ჩემი დანაშაული და ჩემი ცოდვა წინაშე ჩემსა არს მარადის…. Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
etc..  »

Certains allument une  fois par semaine une bougie fabriquée dans un monastère  (სანთელი sant’eli)  pendant que leur famille restée à Tbilissi allume la même bougie. l’un d’entre eux m’en a offert une, portée  précautionneusement depuis des mois dans son sac à dos de SDF,  le lendemain des attentats de Paris, lorsque la France entière faisait ce même geste.

Avec celui qui vient me voir ce jour là,  il n’y a pas eu de contact  personnel.  Mon associée m’a prévenu la veille, que sa femme à  40 ans,était atteinte d’un double cancer du sein et je me doute que cette tragédie supplémentaire va changer quelque chose dans sa vie.

 

Ce jour il semble prêt. Il est visiblement en manque. Il ne veut plus, ni de la méthadone de rue, ni de l’héroïne importée de Belgique. Problème, je n’ai pas le droit de faire de primo prescription. J’essaie quand même. Parfois la pharmacie ne relève pas l’absence de l’ordonnance princeps. Je sais, c’est hors protocole une fois de plus. Il a rendez vous dans 10 jours avec le médecin addictologue , ce sera régularisé bientôt. La pharmacie refuse. C’est normal, ça ne me fâche pas ce sont eux qui sont dans les clous . Mais moi je crois qu’il est décidé et qu’il ne faut pas laisser retomber cette motivation, cette décision. Le centre d’addicto ne veut pas avancer le rendez-vous. Finalement j’appelle l’addicto de l’hôpital, que je ne sollicite pas habituellement ,et cette fois c’est la bonne. Elle pige tout de suite : le long chemin dans  la toxicomanie, la décision de quitter ce réseau-là, sans attendre, parce que la femme est en chimio . Il est connu de l’hôpital par l’hépatite C et elle peut  donc consulter son dossier  » en live » et  me faxer une délégation d’ordonnance, spécifique pour ce patient, pour 10 jours. Après encore  un passage  de ma part,  en chair et en os, à la pharmacie, la délivrance est acceptée ,à condition que  la prise de la méthadone se fasse sur place.

6 jours plus tard je le revois  pour le renouvellement des  4jours qui restent à courir avant la prise en charge  » dans les clous »  Il m’explique qu’il veut être sevré de la méthadone quand sa femme aura fini la chimio. C’était donc bien ça sa motivation.

10 jours plus tard, avec un interprête professionnel, il rencontrera  le médecin addictologue du quartier,  qui augmentera les doses ,supprimera la prise sur place, rédigera le contrat tripartite  pour que nous puissions renouveler le traitement etc..

Mes confrères et consoeurs me disent: un sevrage ce n’est jamais une urgence … pas si sûr

http://www.medecinsdumonde.org/fr/actualites/georgie/2016/01/26/vaincre-lhepatite-c

http://www.euro.who.int/fr/countries/georgia/news/news/2015/07/georgia-sets-sights-on-eliminating-hepatitis-c

https://www.refugeecouncil.ch/assets/herkunftslaender/europa/georgien/georgie-hepatite-c-et-traitement-des-toxicomanes.pdf

http://www.journeedonateursmdm.org/wp-content/uploads/2010/01/Rapport-Def.-G%C3%A9orgie.pdf

 

 

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