Le tétanos and the go-between

Ce sont deux petits vieux ( En fait peut être pas si vieux que ça, mais bon. ) Retraités, sans enfants, vivant au bout d’une petite route de campagne, où sont plantées deux maisons. Quand je vais voir mes amis, dans la seule maison proche de la leur, ils sont toujours dans leur jardin. Leur isolement ne les a pas repliés sur eux-mêmes, au contraire. Chaque passage d’un membre de la bande de pote est l’occasion d’une petite conversation, simple et familière, sur tout et sur rien. Et il y a toujours des légumes ou des fruits en trop, à partager.Ils me font penser à ces coucous suisses ou un paysan et une paysanne sortent chacun leur tour pour dire l’heure, ou à ce conte ou le petite vieille répète comme une litanie « Ce que fait le petit père est toujours bien fait. »

coucou

 

Et puis lors d’un de mes passages, la femme m’interpelle:

  • Il est parti à l’hôpital. Il avait une vilaine plaie qu’il s’est faite en taillant les rosiers. Et lui qui a le coeur fragile, il a pas fait son service . Il a été réformé. Et lui qui est si fiévreux d’habitude, il n’avait même pas de fièvre, mais il avait la bouche tordue.

Au delà de la tendresse de cette femme,  de son angoisse et de sa sollicitude pour son conjoint, tous les éléments diagnostics me sont donnés dans sa phrase. L’absence de vaccination à 18 ans du fait de l’absence de service militaire, le trismus , la plaie au sécateur , l’absence de fièvre :Tétanos.

  • Et moi qui ne conduit pas. Je demande bien à ma nièce de m’y emmener à l’hôpital mais elle ne peut pas tous les jours.

Alors je lui propose d’aller le voir tous les jours, ce n’est pas compliqué, je travaille dans  le même hôpital, juste quelques étages au-dessus, et je lui téléphonerai le soir pour lui donner des nouvelles. Et me voilà partie pour un étrange rôle de go-between.

Chaque matin, je passe entre 8 h et  9 h, je me glisse en réanimation. Mon statut de bébé doc me permet  d’outre passer les strictes règles des  horaires de visite.

Il est là, sous sa machine, inconscient, gavé de Valium pour éviter l’opistotonos. L’inconscience permet de lever la distance et la gêne qui pourraient s’installer entre nous  s’il ouvrait les yeux. Je m’assied à son chevet. Je lui parle doucement, à son oreille, de sa femme, ce qu’elle m’a dit hier soir au téléphone, ce que je lui dirai ce soir. De tout, de rien de sa maison, de son jardin qui l’attend, des courgettes et des roses qu’il m’a données un jour, de mon travail, de la journée qui m’attend. Je n’ai pas trop peur du ridicule puisqu’à cette heure les infimières et les aides soignantes sont les plus présentes ( Sauf si ça bipe bizarre et alors tout le monde rapplique) et qu’elles me paraissent moins dures que les médecins du CHU.

Je ne demande aucune nouvelle, je ne suis pas de la famille. Juste une fois en passant, l’interne qui me repère, me parle de toutes ces seringues électriques, ulcère de stress, respirateur etc..

Et je reviens chaque matin pendant des semaines.

Et chaque  soir je téléphone à la dame de la maison du bout de la petite route.

  •  Oui je l’ai vu  ce matin. Il n’y a rien de nouveau. Je lui ai parlé de vous. Ca va. Mais vous pouvez téléphoner pour prendre de ses nouvelles, vous savez . ( Oui elle l’a fait mais elle aime bien m’avoir au téléphone quand même.)

Et puis hop un jour, il n’est plus là. Non pas de mauvaise nouvelle. Plutôt bonne. Il est en service de rééducation.

Il est rentré chez lui quelques semaines plus tard. Il a survécu. Grâce à la réanimation, grâce aussi à une hygiène de vie parfaite. Pas d’alcool pas de tabac et des heures de jardinage au compteur. Le souffle au coeur qui lui avait évité l’armée était surement anorganique. Il est retourné dans son jardin, dans sa maison du bout de la petite route, où sa femme l’attendait.

Et moi je sais pourquoi je vaccine contre le tétanos.

 

 

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4 réflexions sur “ Le tétanos and the go-between ”

  1. Mais du coup, que penser de ce que j’ai lu récemment sur le doute concernant l’utilité de la vaccination contre le tétanos : il semblerait en effet qu’il n’y ait pas d’explication scientifique de l’efficacité de cette vaccination, étant donné que le tétanos ne crée pas d’immunité de lui-même ; et que sa raréfaction pourrait être autant attribuée à l’amélioration des conditions globales d’hygiène et de santé qu’à la vaccination généralisée. En tant que médecin, avez-vous l’impression de vous appuyer sur un avis personnellement acquis pour cette vaccination, ou sur une conviction transmise par vos enseignants lors de vos études?

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    1. j’ai lu avec attention l’article que vous citez. La construction intellectuelle est parfaite et je suis ressortie de cette lecture avec des questions.
      Je ne suis pas spécialiste de la vaccination et je crains que mes explications soient imprécises ou confuses . Mais ce qui est sûr c’est que le SERUM antitétanique ( des anticorps fabriqués par un autre être vivant après un vaccin) sont efficaces pour précenir ou traiter la maladie. Les anticorps antitétaniques enn sontpas dirigés contre le microbe lui même mais contre la toxine qu’il fabrique. C’est la toxine plus que le developpement bactérien en lui même qui fait mourir. (contrairement à une septicémie par exemple )Et pour répondre à votre question, l’hygiène de vie fait beauoup, les conditions de logement, d’alimentation et de travail font beaucoup aussi mais pas tout à fait tout. Pour moi si il ya 1 seul vaccin à faire c’est le tétanos ( ce n’est que mon avis)

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    2. j’ai lu récemment un article sur les vaccinations notamment tetanos La maladie ne vaccine pas car la toxine est en tres petite quantité Assez pour faire mourir mais pas assez pour immuniser. Le vaccin utilise de plus grosses quantités de toxines mais elles sont inactivées par la chaleur et le formol. Elles ne sont plus toxiques mais elles sont
      immunogenes

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    3. Bonjour
      Bravo pour la question que vous posez à la fin de votre commentaire. En médecine générale certains d’entre nous ont étés confrontés directement aux maladies pour lesquelles il existe 1 vaccin, d’autres n’ont pas encore rencontré ces maladies.

      Voici mon expérience personnelle :
      1) tétanos :
      Un cas rencontré au cours du premier stage d’internat.
      En quelques heures, le corps du patient a fait un arc de cercle avec seulement les talons et les épaules et la tête qui restaient en contact avec le lit. Puis les muscles respiratoires se sont tétanisés eux aussi et le patient a été intubé et mis sous assistance respiratoire (pour traduire en langage plus clair, il fallait l’aide d’une machine pour remplir ses poumons d’air et les vider, puisque le patient ne pouvait plus respirer).
      Le patient a survécu, mais sa guérison a nécessité 2 mois d’hospitalisation.
      Conclusion personnelle : je veux bien mourir un jour, mais pas d’une saloperie pareille !! Donc je me vaccine et.. je vaccine mes patients !

      2) polio :
      Ma cousine (âgée de 10 ans de plus que moi) a été victime du virus pendant son enfance. Elle avait 1 paralysie d’une partie de la jambe droite. Ce qu’on ne m’avait pas appris en cours, c’est que le tableau s’aggrave au fil des ans ….elle est maintenant obligée d’utiliser 2 cannes pour marcher.
      Une jeune Italienne âgée de 16 ans m’avait consulté pour un rappel de vaccination . Elle n’avait pas eu la chance d’être vaccinée pendant ses premières années et avait été victime du virus de la polio. Sa paralysie partielle d’une jambe entrainait une très forte boiterie. Elle souffrait aussi psychologiquement car elle ne pouvait ni danser comme les jeunes de son âge, ni courir, ni pratiquer de sport, ni marcher plus de 500 mètres sans s’arrêter.
      Une personne du village voisin participe au vide-grenier chaque année. Son tableau de polio s’aggrave d’année en année, elle marchait d’abord avec une canne , puis avec 2 cannes, et maintenant… elle est en fauteuil roulant.
      Conclusion personnelle : quel gachis d’attraper un truc pareil alors qu’il existe un vaccin ! donc je me vaccine et je vaccine aussi mes patients.

      3) coqueluche
      Le stage d’interne en pédiatrie m’a marqué à vie.
      En six mois de stage, 2 nourrissons de moins de 6 mois ont étés hospitalisés pour une coqueluche.
      Pendant un mois ce fut un cauchemar : la toux de la coqueluche entrainait des arrêts respiratoires à répétition et il y a eu aussi plusieurs arrêts cardiaques. Je n’irai pas plus loin dans la description, car plus de 30 plus tard, ce truc reste un cauchemar.
      Conclusion personnelle : je me vaccine et je protège systématiquement mes petits patients de même que les futurs papas et les futurs grands-parents et je vérifie assez régulièrement si les patients sont « à jour » de leurs vaccinations ( ah oui! J’ai oublié de dire : la coqueluche chez les adolescent provoque une toux incessante durant 4 à 6 mois, sur laquelle les antitussifs sont inefficaces et chez les personnes âgées elle donne des pneumonies…J’ai rencontré pas mal de cas en 32 ans d’exercice libéral).

      4) oreillons
      Toujours pendant le stage d’interne en pédiatrie : 3 cas de méningite à oreillons et un cas d’encéphalite à oreillons (atteinte du cerveau). Heureusement tous ont guéris sans séquelles.
      Cas personnel : j’ai eu les oreillons à 17 ans, avec uniquement l’atteinte des glandes parotides. Confidentiellement : PUTAIN C’A FAIT MAL !!!!!
      Conclusion personnelle : je vaccine.

      5) rougeole
      Dès le premier jour de stage d’interne en pédiatrie, la « patronne » m’a demandé à voir mon carnet de vaccination : elle a contrôlé les vaccinations contre la coqueluche et contre la rougeole.
      Etonné qu’elle vérifie la vaccination contre la rougeole, je lui ai demandé pourquoi. Elle a eu la gentillesse et l’intelligence de me montrer des dossiers de patients ayant eu des séquelles d’encéphalite. Pour vous faire une idée, vous pouvez lire ceci :
      https://cris-et-chuchotements-medicaux.net/2016/02/26/vacciner/

      Enfin, il y a moins de 10 ans, une adolescente est morte de la rougeole dans un département voisin…
      Conclusion personnelle : je vaccine, je ne souhaite pas voir de séquelles d’encéphalite chez mes patients, franchement qui voudrait d’une pareille saloperie de complication d’encéphalite.

      Pour terminer, vous avez parfaitement raison : l’expérience acquise au fil des ans nous influence fortement dans notre attitude face aux vaccinations.

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