Je n’en crois pas mon TV (toucher vaginal)

C’était du temps où  il  n’y avait pas de  Maison Médicale de Garde, où il y avait peu  où pas de GPS  et  pas de régulation du tout. L’époque où l’on expliquait le chemin aux gens : » A partir de la grande place, prendre la direction grande ville, au  3° feu,  juste après la maison bleue accrochée à la colline, tournez à droite,  vous entrez dans la cité  HLM, vous êtes sur le grand boulevard, je suis au numéro 9 trois quart. »

Je suis donc de garde, un Dimanche après midi, dans mon cabinet,  où le téléphone a  dû être renvoyé . Non là j’exagère, j’avais déjà un téléphone portable, et sûrement il était déjà possible de faire le renvoi  du numéro  unique sur le portable.

Je reçois l’appel d’un homme paniqué, qui me dit que sa femme a très mal au ventre. Je lui propose de venir tout de suite au cabinet médical, mais que je peux aussi  me déplacer. Il choisit de venir au cabinet, il ne devaient pas être loin, peut être même déjà dans leur voiture, car ils arrivent aussitôt. (Enfin après avoir écouté l’explication donnée plus haut, être passé devant la maison bleue et s’être arrété au  9 3/4)

La trentaine. Un joli  couple qui sucite d’emblée la sympathie. Et en une fraction de seconde,  j’ai mon hypothèse . Non ce n’est pas du 6° sens, non ce n’est pas de l’intuition, juste une synthèse express de petits signaux. Sa manière de marcher en arrivant, sa manière de se pencher en avant, quand la douleur revient, sa manière de  poser ses mains sur son ventre. Je ne sais si ma conviction qu’elle est en train d’accoucher me vient de  l’université, ou de ma propre expérience de l’accouchement. Mais je sais. Je lui demande  donc si elle est enceinte.

« Non c’estt impossible  »

« OK. Acceptez vous quand mêmeque je vous fasse un examen complet y compris gynéco ? »

 » Oui »

Je l’examine et en faisant le toucher vaginal, là au bout de mes doigts, je sens une tête. Une petite tête dure de bébé bien placé, et prêt à sortir. Je prend un mètre ruban (antédiluvien) et je mesure l’utérus, depuis le bord supérieur de la symphise pubienne, jusqu’en haut de l’utérus bien palpable : 30 cm.  Oh là là  !!! A l’heure des échos partout  et tout le temps, mes connaissances sur  « la hauteur normale d’un utérus en fonction du terme de la grossesse » me paraissent très loin  mais il me semble que c’est  4 cm par mois, donc à la louche,  7 mois et demie.

Je reprend

« Madame vous êtes en train d’accoucher et c’est un enfant prématuré »

« Ce n’est pas possible » me répond-t-elle sur un ton très doux mais parfaitement catégorique. Il n’y a  pour elle, aucune place pour le doute.

Là j’ai un gros blanc. Je les regarde. Rien ne me permet de douter de leur équilibre psychologique, elle travaille dans une administration,  il a un job, aucun signe de précarité, ou de difficulté quelqonque. Le hiatus entre mon examen clinique et  leur affirmation me laisse perplexe. Je commence à sentir leur déni m’envahir.  Je n’en crois pas mon toucher vaginal. Renégociation. Je  négocie un  2 ° TV . (Une honte totale,  j’ai l’impression d’être le seul docteur de toute la terre, à faire  2 TV à 5 minutes d’intervalle ) Mais  (me dis-je toujours honteusement) elle a pris de l’avance car  elle n’a eu aucun examen gyneco dans cette grossesse (Blague ). Bon elle accepte, je l’examine tranquillement car j’ai  enfin compris que c’était du déni, et qu’il fallait y alller doucement. J’explique tout ce que je fais. Je repalpe la tête. J’écoute et lui fais écouter  les bruits du coeur.  Elle a remal avec ses contractions. Je re-arrete l’examen le temps de la contraction.Je re explique qu’elle est en train d’accoucher, et prématurémént. Qu’il est encore temps, peut être, de bloquer cette menace d’accouchement prématuré. A cet instant précis je dis un peu n’importe quoi, parce que, vu la fréquence des contractions,  c’est  sûrement trop tard pour éviter l’accouchement, c’est même  un accouchement  imminent.

Mon cabinet est  à 5 minutes en voiture de l’hôpital. Donc je  pense que ce sera aussi rapide d’y aller par leurs propres moyens que par l’ambulance. Je commence à me dire qu’un accouchement inopiné, prématuré, dans mon cabinet, ce serait un peu chaud. Je leur demande ce qu’ils en pensent. Ils ont du mal à penser, ils sont totalement héberlués, mais ils sont d’accord  pour y aller direct, je leur fais mille recommandations, ne pas conduire vite, mais  d’y aller de suite et surtout de FAIRE L’ADMISSION APRES. Ils partent et je téléphone à toute la chaine  des soignants de bonne volonté, qui peuvent,  par excès de zèle, bloquer ce jeune couple, entre la porte de l’hôpital et la salle d’accouchement :  La secrétaire des urgences, le médecin des urgences ,la sage femme du bloc, l’interne de gynéco.

Quelques heures plus tard, j’appelle la sage femme pour avoir la fin de l’histoire. Le bébé est né une heure après  leur arrivée. A terme, mais petit,  de la taille d’un bébé  de  7 mois et demie, comme cela arrive dans les dénis de grossesse. Ouah!  La précision du mètre ruban  (qui a du me coûter  2 euros et a rempli son office pendant  20 ans)

« Pour ce qui est du prénom, ils n’ont pas encore choisi. Je leur ai laissé  24 heures pour réfléchir. »

Je ris  de soulagement. Je pense aussi que déjà  en  9 mois on arrive pas toujours à choisir un prénom, alors  1 heure  30 c’est court.

Elle reviendra  me voir une seule fois, en l’absence de son médecin, et je verrai ce bel enfant, la belle relation qu’elle a tissé avec lui, et sa joie.  A-t-elle voulu passer me voir  pour me montrer à quel point cet enfant surprise était un enfant accueili et aimé ? Et peut être très désiré.

Je ne saurais jamais  le pourquoi de ce déni, et je ne chercherais pas non plus à savoir, puique mon service auprès d’eux s’arrêtait ce jour là.

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s