Je cache mon sein et vous ne pourrez le voir

44 ans, Femme de ménage à la mairie, dure au mal ? Certainement.  Pas bavarde. Un sentiment étrange qu’elle cache une enfance traumatique, mais rien de concret. Je soigne  la mère, 80 ans et des poussières, qui vient toujours ponctuellement, tous les 3 mois, à 8 heures, sans rendez-vous, pour son renouvellement d’ordonnance, parce qu’après, elle va au marché. La fille ?  Je ne la vois quasiment pas. Elle vit chez sa mère, est célibataire, et la  « part sociale » de la consultation est impossible avec elle. Vous savez  ? Non vous ne savez pas :   La part sociale de la consultation, ces  3 minutes où l’on parle de tout et de rien, pour créer du lien. Avec elle, je ne parle de rien.  J’ai pourtant une réputation de bavarde.

Mais elle a un problème avec son sein . Elle en a parlé au médecin du travail, qui a  entre-regardé son sein. La médecin du travail lui demande de consulter et me téléphone.  J’aime bien cette médecin du travail. Elle est à l’écoute, très respectueuse, elle défend les salariés.

La patiente arrive, mais elle ne veut rien. Rien de rien. Ni parler. Ni être examinée. Ni aller à l’hôpital. Rien?  Non.  Rien que cet arrêt de travail, sollicité par le médecin du travail . Il y a une fiche d’inaptitude provisoire. Je fais l’arrêt de travail et  je lui prend un rendez vous à l’hôpital, en m’appuyant sur les constatations du médecin du travail.  Je ne suis pas forcément  à l’aise pour écrire la lettre, puisqu’il n’y a, ni demande de la patiente, ni l’examen de ma part. Elle va à l’hôpital et refuse qu’on l’examine.  Fin de la prise en charge. Pas  d’examen, pas de biopsie, pas de diagnostic, pas de traitement.

Elle revient me voir, pour son arrêt de travail. Mutique. Refusant toujours tout. Et d’ailleurs, elle va au travail. Oui !  Elle va faire le ménage malgré son arrêt de travail. Il n’y a que la médecin du travail qui réussit à garder un lien de confiance, ténu, avec elle, et  qui lui demande de ne pas aller au travail, puisqu’elle est en arrêt, mais elle continue à y aller. Travaillant sans relâche, jusqu’au bout, sans pouvoir prendre soin d’elle, sans pouvoir accepter que quiconque prenne soin d’elle.Elle a fini par rendre les clés du local, elle n’a pas pu retourner au travail, et elle est décédée   un mois plus tard. Je n’ai jamais pu l’examiner.

Bien sûr, cette histoire nous a tous tordu le coeur.  Bien sûr, nous avons respecté son refus. Un seul regret de ma part, avec le recul des années : ne pas lui avoir posé de question  sur son enfance.Plus j’y repense, plus j’imagine qu’avant que je la rencontre, bien avant, dans sa petite enfance, quelqu’un lui avait touché les seins, mais  pas que les seins, mais sans son accord, mais  pas pour lui faire du bien .

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