Que cache-t-il sous sa soutane?

« cette force qui t’a fait faire ce que tu n’aurais jamais fait, c’est la grande force contre laquelle nous ne pouvons rien, celle qui mène les bêtes des rivières et des fleuves vers les lointaines mers. » Thyde Monnier Le pain des pauvres


Ce jeune homme, me met mal à l’aise avec sa soutane, noire jusqu’aux pieds. Je le soigne donc.Il est  très respectueux envers moi, très gentil, et je me demande ce qu’il cache sous sa soutane. Que veut-il dire, à lui même et à ceux qui le regardent, en s’affichant ainsi, entièrement noir? Toute parure  est message vers l’autre. Tout vêtement est affirmation de ses choix et de ses admirations, ou au contraire dissimulation de soi. Bien entendu  il me met mal à l’aise parce que la soutane fait écho au retour en arrière, au latin, à l’extrême droite, au jugement des autres, aux excommunications, et j’en passe….

En fait je me moque bien du latin. Chacun prie comme il peut : en arabe, en slavon,  en hindi, en « horosopique », en « euromillionique »,. …Chacun espère une vie meilleure, chacun essaie d’être du bon côté. Mais derrière le latin, ce qui fait peur c’est le pouvoir, le refus de la liberté ( de croire, ou de ne pas croire, et croire  à  qui et à quoi?).   On peut croire en la science. La médecine est parfois vécue comme une religion. Liberté  de se soumettre, ou non.  Ils font peur, ceux qui se disent possesseurs de La Vérité,  alors même qu’ils s’inspirent d’un livre dont une des dernières phrases est  » Qu’est ce que la vérité ? », Ils font peur ceux qui menacent, ceux qui maudissent, ceux qui refusent la liberté de conscience, la séparation de l’Eglise et de l’état( ou de la mosquée et de l’état ) .

 

Je me moque du latin mais je ne me moque pas de la soutane. Les dernières révélations jour après jour nous ressassent que sous la soutane, il y a un sexe. Un sexe et une sexualité. Sexualité réprimée et interdite par l’engagement de chasteté. Sexualité interdite  en cas d’orientation  homosexuelle, sexualité destructrice d’enfants.

 

Il n’y a pas si longtemps le renoncement à la sexualité était porté aux nues dans l’Eglise Catholique. Ne disait-on pas  aimer Dieu plus que tout ? Le tout étant bien entendu le sexe, auquel il fallait renoncer pour Servir Dieu et les autres.

Mais dans la concurrence absolue que  les Catholiques ont  institué entre Dieu et le Sexe,  c’est le sexe qui a gagné.

Il y a de quoi  avoir peur de cette nouvelle religion du sexe : Nous voyons défiler le porno, sans avoir vraiment le droit de trouver cela répugnant.  Nous  avons obligation de réussir notre vie sexuelle,  réussite présentée parfois comme bien plus importante que toutes les autres. Nous voilà sortis d’une interdiction sexuelle, pour nous retrouver dans l’obligation sexuelle, dans l’injonction. « Tu auras des relations sexuelles et tu aimeras ça » Les premières soirées Sidaction, retransmises à l’époque sur toutes les chaines disponibles, nous intimaient l’ordre « Sortez couverts » L’injonction sanitaire était urgente, prioritaire et indispensable certes, mais il est bien intéressant de repérer qu’est venue s’y glisser  cet autre commandement, « il faut jouir ». La pulsion vers la vie individuelle et collective passe aussi  par la pulsion sexuelle, et cette pulsion de vie est  inscrite dans nos gènes, mais les jeunes générations ont été impactées, sans aucune contre-pensée, par ce nouveau paradigme d’obligation.

L’exercice de la médecine générale nous apprend la diversité  humaine, et particulièrement la diversité  de la sexualité humaine, dans ce qu’elle a d’heureux et de difficile. Il faut absolument s’extraire de toutes ces injonctions, et de leurs corollaires qui sont le jugement  envers ceux qui ne respectent pas l’injonction. Sont ainsi jugés: Par les uns : les homosexuels, les bisexuels les libertins etc… Par les autres: les femmes ou hommes vierges, les couples fidèles etc.. .  Le médecin généraliste  que je suis fait sa visite dans  le monastère du quartier (ou vieillissent des femmes qui y sont cloîtrées depuis l’âge de  18 ans),  puis reçoit en consultation un jeune cadre dynamique  bisexuel qui s’installe  dans une double vie (Syphillis à répétition), tel autre qui souffre d’impuissance ou  d’anéjaculation,  écoute des histoires de stérilité, des histoires d’abus sexuel  ou la souffrance  des uns ou des autres après une rupture affective,  prescrit des contraceptions à tous les âges et essaie de faire tout cela dans un égal respect. C’est un exercice difficile mais très enrichissant.

Mais le jeune prêtre, habillé comme au siècle dernier, celui-la me déconcerte.

Que cache-t-il sous sa soutane ?   Est-il tourmenté?  A-t-il peur  de la violence de ses désirs ?  Désirs tournés vers qui ?  Vers les femmes? Les hommes ?  Les enfants ?   Ces désirs secrets  le terrifient peut-être  au point d’en affirmer publiquement et constamment  l’inexistence ?  Au point de tenter de les maîtriser par la soutane?  Ou est-ce du simple déni ?   Ou  au contraire  vit-il une chasteté sereine ?  Et dans ce cas pourquoi la soutane ?

S’il l’avait fallu, puisque la santé sexuelle est une de nos missions, aurais-je osé lui parler de sexualité ?  Et avec quelles précautions ?  Sans jugement mais sans déni ?

 

 

 

 

 

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