Le prénom de gratitude

 

 

Lorsque le migrant sort de la clôture culturelle,  il y a un ancrage psycho territorial,  il se sent concerné par les événements du pays d’accueil.

Il y a parfois   un  prénom de   gratitude donné à l’enfant né en France

Ce don du nom peut être France ou Françoise  en gratitude à la France et peut être aussi un prénom d’un  » tuteur de résilience »

Quelques expériences vécues

Lors des attentats,  un géorgien est venu  nous offrir des bougies appelées Santelli  = des petites bougies jaunes que l’on fait brûler dans les monastères….santelli

….et qui avaient  résisté à ses nuits à la rue, et à ses multiples déménagements. Ces bougies lui servaient de lien entre lui et sa famille restée en Géorgie. Ill en brûlait une par semaine à la même heure que sa famille.

Il nous a donné, à chacun, une de ces bougies si précieuses et  si sacrées

Un autre couple de Géorgien, dont la femme est maintenant interprète pour nous, a porté autour de  chacun de leurs poignets pendant des semaines, un bracelet bleu blanc rouge après ces mêmes attentats.

( Ces attentats ont causé chez certains une reviviscence de l’angoisse, mais même dans ce cas  de figure, il y a eu une communion dans ce malheur, entre les migrants venant à notre consultation et nous. Les migrants musulmans étaient les plus affectés, criant presque, lors des consultations  : » Ces gens là ne sont pas des musulmans, ce sont des bandits !  » Des migrants musulmans, victimes  de violence, parfois religieuse, dans leur propre pays )

Certains d’entre nous se souviennent de  » A  » une petite fille de tchétchènes, née en France portant ce prénom en gratitude à A  qui avait beaucoup soutenu ses parents

Un de mes premiers patients  réfugiés, torturé en Russie, suivi et accompagné par les psychologues à ma demande, et  qui vient d’avoir son 3° enfant, est venu m’apporter  son extrait d’acte de naissance en consultation. Je ne comprenais pas le rapport entre la lombalgie du père et l’état civil de la fille. Mais il avait insisté pour me le montrer avec …. mon propre prénom  choisi pour elle en  2° prénom.

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LE PACTE DENEGATIF MIGRATOIRE ?

Le pacte dénégatif  « en général »  est un PACTE inconscient  entre les membres d’un groupe ( couple famille nation )   qui oublie refoule,   dénie  en somme,  des évènement douloureux insurmontables ( naissance d’un enfant handicapé, trouvé  par exemple dans la publication d’une psychothérapie  )

Comme tout refoulement, la réaapparition de la douleur  peut se faire de manière très violente.

honte

PACTE DENEGATIF MIGRATOIRE

ce qui est refoulé dans les familles et les communautés  migrantes ( accord inconscient d’éviter le sujet, refoulement collectif  des émotions, etc )

– les souffrances intra familiales préalables à l’exil

– les souffrances liées à la guerre et toutes ses atrocités, dont le récit est impossible et donc soigneusement évité. Les enfants ressentent les émotions des parents, et les impacts de leur confrontation à l’effroi, mais aucun mot  n’a été mis dessus.

– la honte dans sa vie d’ici avec ses multiples facettes. ( honte de ne pas bien parler français, honte que sa vie ne soit pas à la hauteur du rêve migratoire,  honte de ce qu’on a subi, honte d’être étranger , honte de la régression sociale etc… )

Aborder la souffrance d’une famille exilée . Quels éléments cruciaux ? Par Ahmed Mohamed

La vie familiale groupale et les fonctions parentales sont rendues plus complexes en situation migratoire. Elles ne s’exercent pas de la même manière selon les familles et les cultures. Entre les modèles des parents et ceux des enfants nés en pays d’accueil, les écarts provoquent des tensions et amplifient les crises. Malentendus, contresens, souffrances psychiques s’expriment sous toutes formes. Les familles particulièrement vulnérables nous ont appris que quatre paramètres sont importants à prendre en compte pour construire un cadre thérapeutique contenant et pertinent?:

  • les parcours et mythes de la famille?;

  • le voyage (la migration et l’exil)?;

  • les ruptures sociales?;

  • le projet de vie.

La situation critique des migrants nécessite des élaborations intenses et douloureuses et les parents transmettent inconsciemment à leurs enfants ce trauma de l’exil, d’autant plus insidieusement que cette expérience est vécue entre l’effroi et la honte, gardée en silence. Nous faisons l’hypothèse que la rupture de contexte conduit à une perturbation de la relation d’attachement. Par rupture de contexte, nous entendons une situation dans laquelle les repères et les codes permettant de donner un sens au monde environnant, et en particulier aux interactions sociales, sont changés, rendant la situation indécodable.

L’aide à ces personnes consiste donc à les rendre attentives à la reconstruction de l’histoire interne de leur déplacement, à retrouver leur mémoire propre, à reconnaître ses significations de rupture afin que cette expérience trouve sa dignité d’être . Pour les enfants nés en pays d’accueil, la difficulté doit être comprise en relation avec le traumatisme de l’exil parental.

un exemple de parcours migratoire

 

Le traumatisme de la migration.  Extrait de Familles à corps et à cris  Par Ahmed Mohamed

famille exilée

Entamer un parcours migratoire est un traumatisme en soi. La famille perd ses repères culturels, elle fait un saut dans un inconnu socio-économique, elle est en butte souvent à des réactions xénophobes, soumise aussi à des pressions adaptatives. La famille devra dans l’urgence modifier ses règles internes afin d’assimiler des modes comportementaux nouveaux exigés par le pays d’accueil. Ces règles concernent le statut de la femme, le rôle du père et tout ce qui touche à la mixité. En quelques années, il faudra passer d’une organisation patrimoniale clanique à une organisation conjugale, à une «?paternité individuelle?». La position de père et de mari est vécue comme dévalorisée, ce qui peut provoquer des affects dépressifs et renforcer un pôle maternel tout-puissant, gestionnaire de l’ensemble de la famille et de l’éducation des enfants. La déperdition d’autorité parentale tendra à une parentification de l’enfant ou de l’adolescent. L’inversion des valeurs sociales entraînera fréquemment une démission de l’autorité paternelle, ce qui n’est pas incompatible avec une attitude de plus enplus autoritaire au sein de la famille. Ces pères ne représentent pas une image identificatoire consistante. Ils ne font pas partager à leurs enfants les valeurs culturelles de leur pays d’origine. «?L’absence?» de père et d’ancrage affectif de la fonction paternelle favorisera une toute-puissance narcissique qui pourra mettre l’adolescent au-dessus de toute loi.

LA CLÔTURE MIGRATOIRE EST UN REFUGE

La clôture migratoire est composée de personnes ayant vécu la même expérience migratoire,  ou issues de la même culture. Ce sont des familles des associations des lieux culturels ou des religions

danse tchetchène

Les avantages de la clôture. En ce lieu on peut    parler sa langue maternelle,   rencontrer des amis ou d’autres  connaissances,  manger de la bonne nourriture  (celle de sa culture)

Cette clôture procure de bons soins  C’est une aide psychologique.  Elle a donc valeur thérapeutique et participe au redressement psychique.

La parole y est déposée et il y a un partage de émotions .Elle a un rôle préventif dans la dépression  et ça fonctionne aussi très bien

Les aspects négatifs de la clôture

L’enfermement avec fermeture au pays d’accueil-pays de vie.  Ceci entraîne des stratégies d’auto handicap, un refus d’apprendre la langue et les codes de ce pays. Des distorsions cognitives du pays d’accueil-pays de vie  se mettent en place Tout y est vu en négatif.

On y pratique parfois une éducation à transmission verticale = « J’ai  été élevé comme  ça, donc  j’élèverai mes enfants de la même manière »  Cette transmission se fait donc sans négociation avec les codes du pays d’accueil-pays de vie.

L’enfant  est en conflit de loyauté entre ses parents sa famille son groupe , et sa vie à l’école avec ses amis

A L’AIDE SOCIALE A L’ENFANCE

on  y retrouve des enfants qui veulent sortir de la clôture migratoire.

Ils sont stigmatisés à l’école par la fermeture familliale

Les  consignes matrimoniales empêchent les rites de socialibilité.  Les bises au lycée ne sont pas possibles  car la fille serait ainsi compromise et menacée de crime d’honneur.

Elles veulent éviter une excision ou un mariage forcés potentiels.

Certaines sont retournées au pays d’origine et ont disparu

LA VALISE MIGRATOIRE

Il y a la valise matérielle, dans laquelle on glisse un objet qui relie le migrant à son pays d’origine, mais probablement cette valise migratoire, sur le plan psychique, contient également beaucoup d’autres choses = des souvenirs, des injonctions des rêves.

En consultation, cette notion est très simple à utiliser. Cela crée très rapidement du lien entre le thérapeute et la personne écoutée. Il s’agit juste de demander ce que la personne a mis dans sa valise avant de partir. La réponse ne vient pas tout de suite. Parfois l’ironie défensive ou la bizarrerie de cette question feront répondre

– rien

ou

– des vêtements

 

BAGUE TCHETCHENE

Mais en creusant un peu, ou tout simplement en prenant son temps, il y a un objet très important ( je n’ose pas dire toujours mais je le pense) qui rassure et qui relie à la famille et à la culture.

 

Des exemples  vécus

-une chaine offerte par la soeur

-une bague portée au cou offerte par une cousine une двоюродная сестра

-un petit tableau où une femme se penche comme pour protéger les siens.

-un livre ou tous ses copains de classe ont signé

 

une icône dans le sac à main

etc….

LE RITUEL DES ADIEUX : FONDAMENTAL

Le rituel des adieux est un rituel propitiatoire, c’est-à-dire un rituel pour rendre la divinité propice.

Il s’agit d’ouvrir la route. Ce rituel  est différent selon les cultures. Il y a une part de sacré.

Dans nos campagnes, il y avait la bénédiction du curé, et la médaille de Saint Christophe .

Dans certaines cultures, il y a un recueillement à l’endroit où sont enterrés le placenta et le cordon qu’on appelle le double. La co-mère va montrer au jeune ce lieu où il va se recueillir avant de partir. Parfois le jeune va emmener un bocal ou une petite fiole qui contient de la terre natale, à garder toute sa vie, et à transmettre à ses enfants. Lorsque dans le pays d’accueil, il y aura une naissance, on mettra quelques grammes de cette terre sous la plante des pieds des nourrissons.Lorsqu’il y aura un deuil et que la personne ne pourra pas être enterrée au pays, on mettra quelques grammes de cette terre sur le cercueil, et on prélèvera des ongles et des cheveux, qui seront, eux , envoyés au pays.