« Toute personne qui affiche publiquement sa relation amoureuse avec une personne de même sexe, commet un crime et encourt une peine de dix années d’emprisonnement»

Ce n’est pas une vieille loi  qui serait encore appliquée. C’est une nouvelle loi au Nigéria  du  14 janvier  2014 .

Ça je ne le savais pas, lorsque Blaise s’est présenté à la consultation pour soins aux réfugiés, et qu’il m’a dit  « I am gay. » Comme ça, tout de go. Je crois même que c’est la première phrase qu’il a prononcée. Sur le coup je n’ai pas très bien compris. Enfin après 1 seconde de silence, j’ai compris qu’il était homosexuel, bien sûr. C’est seulement  que c’était tellement surprenant comme manière de se présenter, qu’il y a eu un moment de flottement. Je n’ai pas compris à quel point, prononcer cette phrase, avait été, pendant des années, interdit pour lui . Combien prononcer cette phrase, aurait été synonyme de mort ou  d’incarcération  dans son pays. J’imagine, maintenant seulement,  l’effort, ou l’ivresse, ou l’expérience radicale de la liberté que c’était pour lui de dire ces trois syllabes : I am gay. Peut être voulait-il nous tester dès la première rencontre ? ( L’accueil est fait par plusieurs thérapeutes, et il y avait aussi une interprête) 

Mais la liberté ne suffit pas.

Nous avons appris au fil des mois  la complexité de la souffrance de ces jeunes hommes arrivés en France : L’exil et la perte de leur pays, des saveurs de leur enfance ( le manguier dans le terrain vague derrière la concession de leurs parents, par exemple, où ils allaient s’isoler quand les moqueries étaient trop fortes) perte de sa position sociale et j’en passe; le reniement de sa famille; la peur (pas du tout imaginaire )  d’être à nouveau agressé sur le sol français  par des compatriotes, homophobes  ou délégués par sa famille pour exécuter la sentence  à laquelle ils ont échappé au Nigéria.

Nous avons appris la peur d’être hébergé dans un CADA ( centre d’accueil pour demandeurs d’asile) pour cette raison, la peur d’aller au 115 et le « choix » de dormir à la rue, plutôt que de risquer de subir de nouvelles violences donc.

Et surtout nous avons appris les  étapes de la terreur.

La  loi est à la fois le produit  d’une société, et le producteur de nouveaux événements au cœur de celle-ci. La loi qui devrait protéger les plus faibles, et permettre à chacun de trouver sa place dans la société, a, au contraire, réveillé et autorisé le monstre de haine homophobe,  tapi au fond  de la société nigériane. La délation  a été rendue obligatoire. La foule est devenue pire que jamais. (Toute ressemblance avec des événements pouvant se produire en France est purement imaginaire…. )

La première étape, ou tout au moins celle que nous avons pu entendre, a été celle du soin. L’homosexualité de ces adolescents étant une maladie, elle est « prise en charge »  par des soignants traditionnels, dans des séances  ressemblant à de l’exorcisme, dans une violence physique et psychique inouïe : enfermement, contention etc…

La deuxième étape est celle  du déchaînement de la fureur familiale quand l’adolescent ne  « guérit » pas  et ose avoir une vie amoureuse. En fait surtout la fureur des hommes.

La troisième étape est celle de l’état qui arrête incarcère, violente jusqu’à la mort parfois, libère sous caution ( que les femmes de la famille paient en cachette des hommes ) et recommence jusqu’à ce que la vie soit intenable et que ces jeunes hommes prennent le chemin de l’exil.

La quatrième étape est le refus de la France de leur reconnaître le statut de réfugié au motif que « ils disent tous ça les Nigérians en ce moment »

 

Alors comment tisser de la confiance et du soin psychique dans ces circonstances ? Alors qu’envisager des soins psychiques  est  un retour vers  des souvenirs terrifiants, alors que tout récit est source de reviviscence traumatique, plutôt que d’apaisement, alors que nous aussi nous subissons la contagion du doute. Subir tant de choses c’est impensable. Alors nous serions tentés de refuser de le penser.

Méfiance d’un côté, prudence et lenteur de l’autre. Rashidi Williams, directeur de l'ONG Queer Alliance au Nigeria.

Et pourtant, quelle admiration nous avons pour l’énergie déployée de leur part. Eux qui choisissent de  vivre,  envers et contre tout, qui, pour  pouvoir être eux-mêmes, traversent déserts,  mers et frontières, en bravant l’adversité, en faisant de nouvelles rencontres ici sur le sol français (merci aux  associations LGBT dont l’amitié  est thérapeutique ).

Le traumatisme est vicariant.

Les protocoles explosent. (Oui c’est moi qui l’ai emmené voir le responsable LGBT  qui est voisin du cabinet et anglophone, c’était tentant)

Les réflexions sociétales et politiques hantent les soignants en ces temps de « sens commun »

« http://www.rfi.fr/hebdo/20161118-chroniques-nigeria-ade-coming-out-homosexuel-gay

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/01/13/le-nigeria-promulgue-une-loi-interdisant-l-homosexualite_4347396_3212.html

http://www.liberation.fr/planete/2017/04/21/une-cinquantaine-d-homosexuels-arretes-au-nigeria_1564430

 

http://inter-stice.fr/traumatisme-vicariant-2/  sandrine Duhoux

 

 

 

Un ado trop accro

C’est un bel adolescent à l’allure un peu timide qui m’est amené par sa mère. Elle l’a eu très jeune ( 17 ans) mais là, elle n’a rien d’une jeune femme impressionnée par sa maternité. Elle prend ses responsabilités. Elle est inquiète pour lui, elle n’est pas d’accord avec son comportement. Il joue trop, voilà. D’ailleurs elle a pris un rendez-vous  à la Grande Ville, mais « ça irait plus vite docteur si vous faisiez une lettre ».  Ce rôle de rédacteur de lettres m’horripile mais  passons.

Ils sont donc là tous les deux devant moi, lui,réservé , et elle au contraire occupant totalement son espace.

« Voulez vous que je sorte ? me demande-t-elle ?

J’hésite. Habituellement je fais sortir les parents, mais puisque c’est elle qui porte la demande de soin, cela me semble impossible de bâtir une consultation si je n’ai pas le  déroulé de la plainte maternelle.

Rien que de tristement banal. Il joue trop. Il ne sort plus. Il ne travaille plus à l’école.Il n’aime plus prendre des repas en famille, tant il est pressé de retourner à son jeu. Il n’aime pas quand il y a de  la visite, pour les mêmes raisons. Elle a fini par lui confisquer son téléphone à partir de  22 heures.

Qu’est ce qui peut m’aider à cet instant précis ? Mes connaissances sur le problème ?  A l’université je n’ai eu aucun cours sur ce sujet,  donc rien de ce côté là. Mais j’ai fait une journée  de formation continue sur l’addiction au jeu. Cela ne me sert pourtant presque à rien  non plus. Juste pouvoir écarter rapidement une pathologie mentale sous-jacente.

Trois choses vont m’aider cependant.

  • Ma propre expérience du jeu. Je connais cette excitation. La peur de perdre. L’ivresse de gagner, qui donne brièvement confiance en soi. L’angoisse qui se rejoue indéfiniment. La fascination jusqu’à l’engloutissement. « Comment ça ce n’est pas grave parce que ce n’est qu’un jeu ? »
  • L’art, dans les  livres ou au cinéma,  qui nous fait rentrer avec tant d’intelligence dans le vécu intime des joueurs . (Evidemment le joueur de Dostoievski mais pas que)
  • Le récit d’autres patients dépendants. Notamment  celui d’un collègue, toxicomane sevré,  qui m’avait conseillé un jour . « Ne dit jamais à un toxicomane que la drogue c’est mauvais ! La drogue c’est bon. Nous avons tous en nous cette nostalgie. »

Alors c’est parti avec le bel adolescent timide. Pas la peine de lui refaire la morale de la mère . Il la connait par coeur. Alors je lui demande ce que lui apporte le jeu. La sensation d’être doué ? d’être fort ? L’estime que cela lui donne de lui même ? Puisque là, au moins, il réussit, ce n’est pas comme à l’école. Il acquiesce, il répond que oui. Il est fier d’être un champion au jeu. Il me donne le nom de ses jeux. Il aimerait être développeur. Tout doucement le lien se crée. La mère reste là. Elle est assez fine pour ne pas intervenir. Il a peur du monde extérieur. Ce monde dont il n’a pas les codes. Ce monde où les codes changent sans arrêt, et où il n’est pas sûr de réussir. D’ailleurs il n’a pas de projet. Il va redoubler dans une classe par défaut. Je ne sais plus laquelle. Une qui ne lui apporte en tout cas, ni joie, ni envie.

Je lui fait des dessins. Avec les différents ensembles de sa vie ( les vieux cours de mathématiques ça sert aussi) La bulle  du jeu qui écrase toutes les autres et les fait disparaître. Il a l’air d’accord. Le lien est bien ténu, bien fragile mais il est là tout de même. Nous pourrions continuer longtemps comme ça. C’est très touchant de discuter comme ça avec un ado, mais  le   compteur-temps de la consultation est déjà explosé. Je fais la lettre.

Je ne sais pas si je le reverrai. Je le lui ai proposé, et secrètement je rêve qu’il ait plus envie de revenir me voir, que d’aller à la grande ville.  Je rêve aussi de pouvoir l’aider tout à fait .

Coller son pouce contre son index

Au Pays Des Vaches Mauves

On croit qu’on est bien. On a retrouvé confiance. On croit que quand la brûlure thoracique arrive, c’est bon, on sait faire ce qu’il faut, on ferme les yeux, on colle son pouce contre son index, on pense à l’orchidée blanche, on se laisse partir, la douleur thoracique s’écoule, laissant la place à de la lumière, on se sort de chaque situation.

Et puis en fait non. En fait, il suffit d’une réflexion sur une situation, une critique d’une prise en charge, une phrase qui semble peut-être anodine à celui qui la dit. On se repasse en boucle les événements. La brûlure est apparue, on a mal et on a beau fermer les yeux, coller ses doigts, visualiser l’orchidée la plus blanche qui soit, la douleur s’écoule un peu, mais elle lutte, elle s’accroche, elle ne veut pas partir. On y repense, en fait on ne cesse d’y penser. On relit ce qu’on…

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Pour votre père qu’auriez-vous fait ?

Il n’avait guère plus de 20 ans quand il a quitté son village natal, très loin, quelque part où il fait pauvre. Il a fait les travaux les plus durs, et notamment de nombreuses années en manipulant de la silice. Et puis sa femme l’a rejointe.Ils ont eu 5 enfants. Tous on fait des études. Une famille sympa,  chaleureuse, où l’on ne peut pas aller faire de visites sans manger des petits gâteaux et du thé.
La confiance, le sourire, le respect, bref des patients en or. Les petits-enfants naissent et on vaccine la génération nouvelle.
Pendant l’été les enfants travaillaient dans l’entreprise du père et ils disaient « Comment tu fais pour tenir? c’est dur Papa
Papa ne répondait pas. Il l’ avait fait pour se battre contre la pauvreté et pour ses enfants, sans râler, jamais.

Et puis un jour voilà ses mains qui gonflent et la remplaçante,brillante et consciencieuse, appelle sa copine rhumato à l’autre bout de la France.

Très vite le diagnostic tombe : Sclérodermie

3 mois avant la retraite

Consultation à l’hôpital,échec de prise en charge. La maladie est ultra résistante. Déclaration de maladie professionnelle, envoi chez l’assistante sociale, (sa femme a toujours été mère au foyer, donc, en attendant la reconnaissance en maladie professionnelle, la moitié d’un SMIC c’est pas beaucoup)  Bidouillage antalgique entre 2 consultations rhumato. Soutien de cet homme qui me dit « c’est quand même pas de chance, juste avant la retraite »
Non c’est vraiment pas chance. Pire que ça, c’est pas juste, c’est révoltant , c’est tout ce qu’on veut. Ça fout la rage.

C’est une maladie professionnelle.  Et c’est encore plus la rage. Pourquoi a-il a été exposé à la silice alors qu’on sait la gravité des complications ? Pourquoi n’a-t-il pas été protégé ? Dans la famille on est pas du genre à se plaindre, mais quand même.
Un jour il vient avec ses trois grands fils. Ses fils qui ont tous un bon travail, très attachés à leur père. L’un d’entre eux est en costard. Ils sont très émouvants ces 4 hommes de la famille, faisant bloc ensemble face à l’adversité.
Tous les quatre  donc, de l’autre côté du bureau,en face de moi, ils me demandent un deuxième avis.
Ils sont allés voir sur internet, bien sûr Ils ont trouvé tous les spécialistes mondiaux de cette maladie, particulièrement galopante chez ce patient : Les poumons sont pris, la peau aussi, les mains et les pieds sont toujours doublés de volume malgré le traitement qu’on augmente progressivement.
Ils ont d’ailleurs pris rendez-vous avec le professeur Y  très loin, mais les délais de rendez-vous sont trop longs, 6 mois.
Je leur propose quelque chose de plus simple, une consultation au grand CHU. Je n’ai aucun doute sur la qualité de travail de l’hôpital de proximité, mais je trouve ça légitime, pour une maladie si grave, d’avoir un autre regard. Je ne demande pas l’autorisation au rhumato local. Je n’y pense même pas à vrai dire. Erreur.

Il reste en hospitalisation quelques jours au grand CHU et puis il retourne en consultation à l’hôpital de proximité.
Le rhumato local est furieux, il a reçu le compte-rendu du CHU « Puisque vous êtes suivi là-bas, je ne  vous verrai plus. »
Quand il revient me voir, parce qu’il souffre toujours et qu’il me montre sa peau qui s’aggrave, j’ai du mal à croire cela. L’hôpital de proximité ne veut pas le prendre en charge? Parce qu’il est allé  une fois à 100 km  voir un autre spé pour avoir un deuxième avis ? Pour une maladie qui va probablement l’emporter rapidement ? à 60 ans ?
Mais je reçois le courrier qui confirme son refus de prise en charge.
J’ai répondu un petit mot le plus gentil possible. « Je comprends que ça vous agace que quelqu’un se mêle de votre travail. Mais demander un deuxième avis pour une maladie aussi grave, n’y voyez que l’affection des enfants pour leur père, leur inquiétude, leur tentative désespérée d’éviter le pire. Surtout n’y voyez rien d’autre. »
Je n’ai pas osé rajouter « Si c’était votre père et je sais que vous auriez fait la même chose. »
Pourtant c’est bien cela que j’avais envie de lui écrire  :
« Pour votre père qu’auriez-vous fait ? »

Elle est bien votre secrétaire: la jeune avec un petit accent

C’est un ami qui lui avait conseillé de venir me voir au cabinet pour nous demander un stage au secretariat. Elle était en bac pro ou BEP . Je ne sais plus. J’ai dit non. Le secrétariat était tout petit,impossible d’y caser deux personnes. Elle m’a regardé avec ses yeux pleins d’envie. J’ai soupiré « Bon, demande à la secrétaire, c’est à elle de décider après tout. Mais regarde là avec les mêmes yeux qu’aujourd’hui »
La secrétaire a accepté. Elle est venue en stage, elle ne savait rien faire. Elle ne reconnaissait pas les noms de famille au téléphone, ce qui était particulièrement compliqué puisque une de ses tâches était justement de répondre au téléphone pour donner des rendez-vous. Elle avait des excuses. Née en Azerbaïdjan d’un père Azeri et d’une mère Arménienne. Pourchassée pour cette raison, après la guerre du Haut-Karabagh entre Arméniens et Azéri privés tout d’un coup de la tutelle soviétique. Les Arméniens et les Azéris n’étant pas plus intelligents que les extrémistes français, ils avaient en effet décidé que ceux qui n’avaient pas quatre grands-parents Arméniens n’étaient pas Arméniens, et que ceux qui n’avaient pas quatre Grand Parents Azéris n’étaient pas Azéris. Des dizaines de milliers de personnes se sont donc trouvées apatrides du jour au lendemain dans les années 90 . La famille avait donc cherché l’asile, sans le trouver, à Moscou, puis était arrivée en France sans papiers. Elle avait eu en Russie des cours à domicile par des professeurs privés, mais n’avait jamais fréquenté un établissement scolaire. La Fédération de Russie n’a pas ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant :donc pas de papier pas d’école. C’est tout le contraire de la France parce que les parents ont pu travailler pendant toute cette période là.
Arrivée en France, elle avait demandé à toute force d’aller à l’école, mais elle avait plus de 16 ans, âge où s’arrête l’obligation scolaire. Cependant elle avait insisté, peut-être déjà avec les mêmes yeux, et elle avait fini par décrocher une place dans un BEP secrétariat. Une classe particulièrement intéressante pour elle, puisqu’il y avait des ordinateurs, et un merveilleux professeur, qui lui avait installé dessus, un cours de français langue étrangère. Evidemment à ce moment-là, elle ne parlait pas un mot de français. Mais peut-être parlait-elle déjà trois langues.

La voilà donc chez nous parlant un peu français, mais l’écrivant très mal, en train d’essayer de ne pas encombrer trop la secrétaire et de rendre vaguement service.
Le mois se finit. Intrépide et audacieuse elle me demande d’être rémunérée pour le mois passé. J’ai ri.
« Tu ne sais rien faire, tu nous a encombré, et maintenant tu voudrais qu’on te paye? Non vraiment, ce que tu as fait pendant un mois ne mérite pas un salaire, mais si tu veux gagner de l’argent, est-ce que tu voudrais venir, chaque semaine, 2h, pour traduire en russe et en armenien ? C’est insupportable de soigner les personnes sans les comprendre. » Il y avait effectivement au cabinet à ce moment-là beaucoup de patients tchétchènes,  arméniens et géorgiens. Tous très malades.
Et voilà comment la consultation avec interprète a commencé.
Elle arrivait en sortant du lycée vers 17 heures. La secrétaire venait de partir. S’il n’y avait ni russophones ni arménophones, ce qui était bien rare, elle répondait au téléphone, elle avait fini par apprendre à le faire. Cela me soulageait bien de terminer ma journée sans avoir quatre coups de fil par consultation.
Nous avons donc commencé à travailler toutes les deux: moi qui avait l’âge d’être sa mère, et elle toute jeune. Elle était mon oreille, me transmettant la plainte des réfugiés . Elle était mal à l’aise quand elle devait traduire des choses qu’elle savait pertinemment fausses. Ce n’était pas simple non plus de traduire les abominables traumatismes subis. Elle était ma voix. Ce n’était pas toujours simple pour elle, lorsque je disais non à une demande qui me paraissait inappropriée, notamment les demandes de scanners cérébraux dans les maux de tête des personnes victimes de stress post-traumatique.

Et puis elle a raté son bac parce qu’elle était amoureuse.Elle s’est mariée et elle a accouché en Aout. Elle est passé au rattrapage mais, même avec son gros ventre ils l’ont laissé à 9,8 sur 20 donc recalée.
À ce moment là j’étais déjà très attachée à elle. Elle a été reconnue réfugiée, mais elle n’avait toujours pas de nationalité. Ceci l’empêchait notamment de franchir une frontière.

Lorsque la secrétaire était malade elle la remplacait au pied levé, lorsque la femme de ménage était absente, elle la remplacait aussi malgré sa préférence pour des tâches plus intellectuelles.
La femme de ménage a cessé son activité. On a fait un contrat de génération entre notre secrétaire de 60 ans et cette jeune femme . C’était compliqué d’augmenter le temps de secrétariat d’un seul coup comme ça. Mais entre l’interprétariat, le ménage, et quelques heures de mise à disposition de personnel avec une autre association qui avait besoin d’une secrétaire trilingue, on y est arrivé. Comme elle avait un travail, elle a pu avoir une nationalité.
On a fait une fête pour sa nationalité française. De tous les cadeaux qu’elle a reçu je me souviens d’un porte carte, maintenant qu’elle avait une carte d’identité française, il fallait bien un endroit pour la mettre. Moi je lui ai offert les pièces de monnaie liberté-égalité-fraternité-paix illustrées par Sempé
Les patients du cabinet l’aiment beaucoup. « Vous savez,celle qui a un petit accent, elle est bien, cette jeune là . »

Maintenant la secrétaire la plus âgée a quitté le cabinet et elle l’a remplacé elle est toujours dynamique entreprenante motivée elle ne fait plus de traduction parce que c’était trop long pour elle mais pour elle et moi cela a été une expérience capitale.
Il y a juste un problème.Ca fait déjà 6 ans qu’on se connaît et elle m’appelle toujours docteur.
J’ai pourtant essayer de la convaincre que dans une petite équipe on s’appelle par son prénom mais non.

Les typologies de mineurs étrangers isolés par Angélina ETIEMBLE 19/ 10 /2016 notes prises pendant la conférence

 

Qui sont ces jeunes mineurs étrangers non accompagnés ? Pourquoi et pour qui entreprennent-ils ce voyage ?

Cette typologie proposée est un outil de lecture de la réalité qui elle-même est toujours plus nuancée, plus complexe.  Il y a une singularité du parcours de chacun.
1. Le mandaté : c’est un travailleur Il ne demande pas de protection ou alors c’est un étudiant qui demande une protection pour pouvoir faire sa formation.
2. Le fugueur. C’est un jeune qui s’est structuré sur la fugue .Fugue de  chez lui   fugue qui se reproduira également dans les institutions.
3.L’errant:  c’est un jeune qui s’éloigne progressivement des institutions qui se socialise dans la rue. Ce sont des groupes d’enfants sous la coupe d’autres ados ou d’autres adultes.
4. L’exploité.  Cette exploitation est pensée dès le pays d’origine. Il s’agit de prostitution , de vol, de mendicité, d’esclavage domestique, tout cela dans la clandestinité.
5. L’adolescent exilé réfugié. Figure que nous connaissons déjà.
6. Le rejoignant. Il s’agit d’un jeune qui va vers une famille précise ou en  imitation d’une migration racontée au pays.

7.L’aspirant: il s’agit d’une migration contemporaine juvénile. C’est une quête personnelle de la migration, synonyme de rêve et d’émancipation

8. L’initié : il s’agit d’un jeune qui tente de s’éloigner de l’univers de la maison qui est maternant et infantilisant et qui entreprend ce voyage initiatique pour se réaliser en tant qu’adulte.